assoiffés
Lecture dirigée par Philippe Sireuil
dans le cadre de «l'Imparfait du présent», dimanche 30 septembre 2007, 24es Francophonies en Limousin
Personnages : 1 femme, 2 hommes
résumé
Boon, un anthropologue judiciaire, témoigne d’une enquête qui a bouleversé ses convictions et sa perception de la réalité. À travers l’histoire de Murdoch, un adolescent qui se lève un matin incapable d’arrêter de parler et celle de Norvège, une victime d’une transparente vulnérabilité, Boon replonge dans sa propre adolescence. Soudain, la barrière entre la réalité et la fiction se dissout, les frontières du temps explosent et la force de vivre triomphe de l’inertie.
extrait
Murdoch : Moi, là, je le sais plus pourquoi tous les matins je dois me lever pour aller attendre l’autobus si c’est pour monter dedans, aller à l’école, revenir de l’école, m’endormir, me réveiller pour revenir icitte et l’attendre encore. Je veux dire ! Tsé. Comme si rien ne s’était passé. Comme si on tournait en rond. Tsé. Comme si on revenait toujours au même carrefour alors qu’on est déjà en retard, qu’on a plus ben ben le temps de niaiser.
Extrait de «Assoiffés», publié aux éditions Lémeac / Actes Sud-Papiers.
mot de l'auteur, Wajdi Mouawad
Assoiffés est l'aboutissement d'une complicité étroite que j'ai eu le plaisir et la joie de partager avec Benoît Vermeulen. Lorsqu'il est venu me trouver pour me demander d'écrire un texte pour sa compagnie Le Clou, texte qu'il mettrait en scène, j'ai dû d'abord refuser, car des expériences précédentes m'avaient appris combien j'étais maladroit avec les textes de commande. En effet, les quelques fois où il m'est arrivé d'accepter, j'ai toujours été en retard et j'ai vécu l'écriture comme un poids. Benoît, loin de se décourager, a insisté, me promettant toute liberté.
Il m'a donc invité à écrire, sans date, sans délai, sans contrat, sans rien de tout cela qui m'éloigne de l'écriture. Simplement des rencontres lui et moi, à échanger sur ce qui, dans notre adolescence, habitait notre esprit et était à la source de nos désirs et de nos soucis.
Après plusieurs entretiens qui sont demeurés très ouverts, je lui ai proposé l'idée d'écrire des textes sans structure apparente : écrire des scènes, des bouts de textes, des répliques, des pensées, sans effort de cohérence. "A toi de trouver la cohérence", lui ai-je proposé. Ce pari est arrivé comme une solution formidable me permettant d'écrire sans avoir à me poser la question de la structure, et à Benoît le défi de construire un spectacle à partir de textes d'abord épars qui, par la suite, se sont précisés à mesure que Murdoch, Norvège et Boon nous apparaissaient.
Pour ce jeu en vertige que Benoît a bien voulu jouer avec moi, je veux ici le remercier.
à propos de la création d'Assoiffés, par Benoît Vermeulen
Pendant un mois, tous les matins, nous nous sommes rencontrés, Wajdi et moi, dans son petit studio du Vieux-Montréal, pour discuter, de tout et de rien, de notre adolescence, du monde dans lequel on vit, de beauté. Un jour, il m'a demandé: « Pourquoi tu te lèves le matin ? ». Et c'était parti ! Voilà le genre de question dont la réponse commande automatiquement une autre question qui nous entraîne, inévitablement, dans une zone de plus en plus existentielle :
- Pour le travail…
- Pourquoi faire ce travail ?
- Par passion…
- Pourquoi ce besoin de passion ?
- Pour se sentir vivant…
- Pourquoi ce besoin de se sentir vivant ?
Cette spirale nous conduit jusqu'aux confins de nous-mêmes et, à défaut d'apporter une réponse satisfaisante, nous donne la conviction que nous sommes tous unis, en tant qu'êtres humains, par une insatiable soif d'infini. Et que si parfois on oublie cette soif, elle finit toujours par nous rattraper, un jour ou l'autre.
* Benoît Vermeulen a collaboré à l'écriture de «Assoiffés» et mis en scène le texte à sa création au Québec, le 12 octobre 2006.
liens
Théâtre contemporain
Théâtre Le Clou
mise à jour janvier 2008