Jean-Pierre Cannet
France
Bourse du Centre national du Livre - 2000
Né à Quimper en 1955, Jean-Pierre Cannet partage son existence entre Paris et Vézelay.
Auteur de poésie, romans, nouvelles, il se consacre aujourd’hui à l'écriture théâtrale. Rien ne lui paraît plus extraordinaire que de voir incarner ses propres chimères et l'on retrouve dans son théâtre un thème essentiel à tous ses écrits : les personnages mis en danger.
Depuis plusieurs années, Jean-Pierre Cannet est sollicité pour des résidences d'écrivain. Il apprécie ces temps de rencontres et de sensibilisation à la littérature contemporaine.
Grâce à Little boy, la passion, sa cinquième pièce de théâtre, l’auteur a bénéficié d’une bourse de création du Centre National du Livre. Cette pièce a été récompensée par le prix d’écriture théâtrale de la Ville de Guérande 2005 et le prix de la Dramaturgie francophone de la SACD 2005. Elle a obtenu l’aide à la création dramatique du Ministère de la Culture (DMDTS).
théâtre
Chelsea hotel, 2009, Editions Théâtrales (4 hommes, 7 femmes)
« La guerre d’un homme avec lui-même, main droite contre main gauche, sa guerre intérieure avec sa part de fantasmes, de peurs d’enfance et de rêves ; confrontée à l’autre guerre, celle que l’on dit réelle comme une rafale de kalachnikov ».
Un texte poétique et politique qui, par le biais du récit et des flash-backs, propose une nouvelle théâtralité.
La Foule, elle rit, 2008, inédit (6 hommes, 1 femme + des personnages secondaires)
Zou est un jeune garçon. Depuis qu’il est né, on lui prédit un avenir de clown. Accompagné par ses frères, il traverse les états, par voie de terre ou de mer. Ses deux frères, « Frère-frère » et « Frère-frère second » meurent pendant le voyage, l’un dévoré par les requins, l’autre étouffé dans un tunnel… Alors Zou décide qu’au lieu de se cacher pour passer, il s’emploiera à faire ce à quoi, aux dires de sa famille, la vie le destinait : faire le clown. Et le stratagème fonctionne : les gens rient, et le laissent passer… Parvenu enfin à destination, il veut téléphoner à sa mère pour lui donner des nouvelles mais il est trop tard, elle est déjà morte…
Un récit entrecoupé de dialogues où les morts et les vivants, personnages des rêves et du réel de Zou, dialoguent, où le temps se poétise à son tour.
La langue est poétique de bout en bout, avec quelques audaces surréalistes, une langue de conte initiatique pour ce drame des temps modernes porté par une légèreté toute aérienne. (extrait des carnets de lecture d'Aneth, n° 15 février 2009)
La Petite Danube, 2007, éditions Théâtrales/ Jeunesse. Illustrations d'Edmond Beaudoin
Anna raconte son enfance, quelque part au pied des Carpates, durant la Seconde Guerre mondiale.
Des convois de trains passent devant chez elle, de plus en plus de convois qui se vident un peu plus loin, au camp voisin. Autour d'elle pavoise l'armée du crime et Anna est confrontée à la lâcheté des adultes. Elle découvre une veste de pyjama à rayures dans le fond du jardin. Rencontre qui bouleverse cette fin d'enfance.
Plein d'émotion et de poésie, ce théâtre-récit est aussi un hymne à la lucidité et à la démesure de l'enfance face aux ombres de toutes les guerres.
Rapt, in 25 petites pièces d'auteurs, collectif, Théâtrales, 2007
Un journaliste, objet d'échange entre un pouvoir cynique et des activistes avides de passer un message : qui tire les ficelles ?
Little Boy, (la passion), septembre 2005, éditions Théâtrales.
lectures en 2005 par le comédien Jean-Pierre Cassel, à Avignon en juillet et au 22es Francophonies en Limousin ( "Ecrits de résidents"), au Mémorial de Caen, à Paris, à la Médiathèque de Saint-Herblain, à Guérande... Mise en scène par Christophe Rouxel*, Théâtre Icare en 2006.
Quelques instants avant le largage de la bombe au-dessus d’Hiroshima, le pilote américain George Kane aperçoit une jeune femme japonaise. Cette vision le possède. De retour aux Etats-Unis, il ne supporte pas d’être accueilli en héros. Il lui est impossible de renouer avec sa vie d’avant. Il fuit le contact des siens, notamment de sa femme Fanny, et se fait appeler Little Boy, nom donné à la bombe atomique. George Kane entend Albert Camus à la radio, seul intellectuel occidental à dénoncer Hiroshima. Il part pour la France.
Vingt-cinq ans plus tard, une jeune fille enquête au centre de la mémoire d’Hiroshima. Elle apprend l’identité de ses parents. Son père est un officier américain, un certain George Kane. Elle le retrouvera à Paris, dans une chambre d’hôtel.
Nombre de personnages : 2 femmes, 3 hommes.
La Grande faim dans les arbres, coll. Passages francophones, éditions Théâtrales, mars 2003.
Mam, mère visionnaire, entraîne les siens vers la grande ville. Elle croit voir son fils aîné, l’élagueur, elle croit qu’il l’appelle : "La ville debout, lumineuse, riche comme un lustre de gala. Ici, il y aura du travail pour chacun, venez !" La famille de Roso, le jeune narrateur, quitte donc son trou de misère. Ils emportent avec eux une échelle, symbole de l’ascension sociale à laquelle ils aspirent. Perhaps, mouche confidente de Roso, est aussi du voyage. Mais l’accueil de la grande ville est humiliant. Le fils mythique reste introuvable, ce qui plonge Mam dans un profond désespoir. Roso, pour sauver sa mère, se substitue à son grand frère.
Nombre de personnages : 3 hommes, 2 femmes
Brise-glaces, Le Bruit des autres, 2001.
Venosc embauche Bernie dans la grande société à capitaux inépuisables dont il gère les "ressources humaines". La rude et virile complicité des hommes à col blanc les transforme en coéquipiers d'une croisière calamiteuse, échouée sur la banquise, c'est à dire nulle part. L'un avec l'autre, l'un contre l'autre, ils vont se retourner sur leur vie d'avant le grand froid. Leurs souvenirs confus, leurs espoirs déçus, leurs peurs viscérales vont alimenter leur dialogue et leur affrontement. Comme au pays du soleil de minuit les nuits sont courtes et donnent lieu à des rêves drolatiques, érotiques ou cruels, comme un retour en boucle vers un point de départ pour nulle part.
Nombre de personnages : 2 hommes
Des manteaux avec personne dedans, Théâtrales, 1999.
Sur une route de campagne, le camion du déménageur tombe en panne. Emma, la vieille juive, se fait installer quelques meubles sous les cerisiers en fleurs. Elle tient " salon imaginaire " quand un jeune gitan la surprend. Ils se flairent, ils se maudissent. Ils n’ont décidément rien de commun. Pourtant quelque chose les rapproche. Est-ce le hurlement lugubre du Kapo, l’appétit de vivre de la jeune Emma, les plaintes de l’Ours ? Ou des yeux derrière des barbelés ? Les accents les plus insolents mais aussi les plus heureux de la comédie animent cette pièce contre l’oubli.
Nombre de personnages : 3 hommes, 2 femmes
Résurgences, Alfil, 1996.
romans
Simploque le gitan, Julliard, 1998.
Des extraits de ce roman ont souvent été lus en public et il pourrait être, selon le désir de l’auteur, adapté au théâtre.
Les Vents coudés, Gallimard, 1993.
nouvelles
Quand elle rit sur la photo, diffusion par MFI/Festival des Francophonies en Limousin
On aurait pu me croire vivant, Alfil, 1996
Gueules d'orage, coédition Marval et L'instant même (Québec), 1994.
Bris de guerre, coédition Dumerchez et L'instant même (Québec), 1992.
La Lune chauve, coédition L'Aube et L'instant même (Québec), 1991.
poésie
De toute lumière, Joca Seria, décembre 2005, (peintures de Tony Soulié)
Mordre la falaise, poésie, édition La Passe du Vent, 2005
Le Petit « disons » de Saint-Quentin, Alfil, 1995
Lettre par la fenêtre, avec Dominique Sampiero, Dumerchez, 1995.
littérature jeunesse
On a volé petit-môssieur, Alfil-Jeunesse, 1995.
*à propos de Little boy, une passion
Une écriture sans scorie, audacieuse, poétique. L’histoire racontée est exceptionnelle et bouleversante ; l’idée de l’histoire fait exploser les genres connus des grandes histoires d’amour. La tragédie d’Hiroshima, qui est ici le fond terrible de la passion, transcende les personnages et en particulier George Kane et Ginko. Un amour pour l’humanité répond à un crime contre l’humanité.
De cet Amour naîtra Hibakusha, rescapée d’Hiroshima qui s’imposera dans cette histoire comme la fleur de cerisier dans la poussière de la bombe atomique, comme un espoir vaille que vaille poussant dans les tranchées et les charniers atroces du 20ème siècle. Jean-Pierre Cannet ne quitte jamais cette tension tragique, ce choc considérable tout en laissant place à la légèreté des êtres et parfois à leur drôlerie.
Christophe Rouxel - metteur en scène et directeur du Théâtre Icare à Saint-Nazaire (44)
extrait de Little boy, une passion
George Kane
Je crois que j’ai crié. Malgré moi, je n’ai pu retenir mon cri. Un cri comme quand on rêve et qu’un coup de hache vient fêler ce rêve. Peut-être était-ce seulement pour te dire de te sauver, vite ! Sauve-toi, petite, cours plus vite que tes jambes ! En bas, la ville ne se doutait de rien. Elle était réveillée, grouillante déjà de son va-et-vient ordinaire, le gazouillis de ses mille parfums, marchés de fleurs ou de poissons, l’agglomérat de ses riens, marchands ambulants, vendeurs à la sauvette. Moi, je me suis penché et je n’ai vu que toi, minuscule tête d’épingle, tout en bas, sur la terre. Tu as entendu l’avion, tu as dressé la tête. Tu es restée immobile, à l’intersection de deux rues, alors qu’autour de toi les gens prenaient peur et s’éloignaient. Tu as dû te dire…
Ginko
Un avion, c’est un avion américain.
George Kane
Tu as probablement pensé fuir avec les autres, tu ne l’as pas fait. Au contraire, tu t’es renversée vers le ciel, tout ce bleu à pleine goulée qui te baignait la gorge et les yeux. Tu as scruté plus haut que l’avion, à cet instant il n’a plus existé pour toi. Bien au-delà. Comme si tu voulais atteindre, plus haut que le soleil, atteindre quoi ? Puis ton visage s’est incliné vers la carlingue miroitante. Et tu m’as regardé. Avec tes yeux, avec ta gorge. Trop belle, peut-être, ou d’une beauté qui m’était interdite ? N’était-ce pas un signe, comme le début de la monstruosité qui allait s’abattre dans un instant ? C’est inouï, alors, la précision avec laquelle tu m’es apparue ! L’ovale de ton visage peigné de longs cils noirs. L’esquisse d’un mouvement et tes cheveux suivaient comme des algues lentes. Ton corps si frêle mais comme tu étais fière, debout, forte comme une éternité de fille. Un visage engage la responsabilité de celui qui le regarde. Nous nous sommes engagés. Rien, aucune force, n’aurait pu détacher nos regards. Ginko, comment pourrai-je connaître ton prénom si tu étais restée muette ?
liens
Théâtre contemporain
Le Matricule des Anges (interview, 1994)
mise à jour novembre 2009