Papy Maurice Mbwiti
R.D. Congo
Auteur, metteur en scène et comédien
Dates de résidence : mi-août à mi-décembre 2011
Il est le directeur artistique de Mbila
Kréation Théâtre à Kinshasa et collabore avec la
compagnie Utaf ika theatre.
En tant que metteur
en scène, il a monté Qui suis- je ? de Slimane Benaissa et Le Rêve des autres de Dominique Mpundu.
Comme comédien, il a notamment joué
dans La Fratrie Errante de Marie Louise Bibish
Mumbu et Dans l’attente du livre d’or au KVS de Bruxelles. En 2009, il assiste Faustin Linyekula
pour Bérénice à la Comédie Française, artiste avec
lequel il a créé The dialogue Series : iii Dinozord.
En 2010, Papy Mbwiti crée aux Festival des Francophonies en Limousin Et si on te disait indépendant ? avec Marie-Louise Bibish Mumbu.
infos
Moziki littéraire :
en septembre 2011, Marie-Louise Bibish Mumbu, Fiston Nasser et Papy Mbwiti se sont donné un rendez-vous, pour écrire au même moment, quelque soit le lieu où ils se trouvent, sur un même thème. Le premier thème, en septembre 2011, était La Peur.
Leurs textes sont publiés le site d’Africultures : «Moziki littéraire : un pont relie Limoges, Graz, Montréal» :
1 - La peur au rendez-vous
2 - Ici ou là-bas
3 - Et enfin, la ville
4 - Le choix
5 - Lettre à un ami
6 - Lettre à Léopold
Ci-dessous :
- Entretien réalisé à Limoges en septembre 2011 publié par Théâtrecontemporain.net
- Textes de Papy Mbwiti publié dans Le Fil - Chroniques du Festival des Francophonies - septembre 2011.
- Bibliographie.
- Liens.
Entretien avec Papy Mbwiti
Langue : français
Durée : 13 minutes 55 secondes
Lieu : Limoges (Maison des auteurs)
Participants/comédiens : Entretien réalisé par Marie-Agnès Sevestre
Copyright : Les Francophonies en Limousin / theatre-contemporain.net
Réalisée le 04/10/2011
Type : Entretien (document vidéo)
textes
Et si on te disait indépendant, en collaboration avec Marie-Louise Bibish Mumbu, création aux 27es Francophonies en Limousin 2010.
mises en scène
Qui suis je ? d'après Au delà du voile, de Slimane Benaïssa (Maputo - 2006)
Le Rêve des autres, de Dominique Mpundu (2006)
comédien
Je plaide coupable, de Muombo Buitsi, mise en scène Astrid Mamina.
The Dialogue Series : iii DInozord, de Faustin Linyekula, Vienne, 2006.
La Fratrie errante, de Marie-Louise Bibish Mumbu, mise en scène Faustin Linyekula, créé au Francophonies en Limousin en 2007.
A l'attente du livre d'or, création collective, créée au KVS à Bruxelles, avril 2010.
Papy Maurice Mbwiti, en résidence à la Maison des auteurs, a collaboré aux quatre numéros du Fil, Chroniques du Festival des Francophonies en Limousin. Ci-dessous l’intégralité de ses textes.
1 / Le point de vue de Papy Mbwiti au sujet de L’Imparfait du Présent, Papy Mbwiti.
A vos maillots.
Ecrire c’est cet instant de silence bavard où viennent s’adresser à l’oreille de l’auteur tous les membres de la communauté visible et invisible, les vivants et les morts, les anges et les démons, les saints et les assassins, les prélats et les pédés, les femmes dignes et les putains, le passé et le présent, l’avenir et l’au-delà, et parfois Dieu lui-même. Un personnage est une mosaïque de personnalités volées à toute la communauté, un prétexte existentiel d’un monstre social.
Je vois en une lecture publique ce moment où l’on présente malgré soi son enfant à la communauté, avec le sentiment d’impuissance et de fierté. On se sent tout aussi timide que ce père qui regarde de la tribune son fils faire ses preuves ou se casser la gueule dans l’arène de ces vivants écouteurs, croyez-moi ce moment est toujours très douloureux pour un auteur, mais j’avoue qu’il est aussi en mon sens nécessaire d’entendre une autre voix que la sienne, dire ses propres paroles, et se laisser surprendre par le résultat, ne rien prévoir à l’avance en tout cas !
L’auteur reste un souffrant continuel, parce qu’après une lecture publique, il y aura toujours un mot à tuer, une phrase à faire mourir, un paragraphe à décapiter, « to kill your Darling ».
2 / Le pont littéraire
Le Pont littéraire c’est un rendez-vous que se sont donnés trois auteurs, Bibish Mumbu, Fiston Nasser et Papy Mbwiti pour écrire au même moment, quelque soit le lieu où ils se trouvent, sur un même thème. Le premier thème était "La Peur". Papy raconte la construction de ce Pont littéraire.
Le couloir.
S’agirait-il d’une écriture à plusieurs mains ou d’un monstre à plusieurs têtes ? La tendance serait plus celle du monstre, car elle reflète peut-être mieux l’impression de nos vécus qui n’ont certainement rien de politiquement correct.Juste une envie de placer dans ce panier de l’existence une parole achalandée de nos questionnements. Cela semble être tout simplement pour nous un besoin vital en tant que citoyen.
Partageant en commun l’écriture et une mère patrie qu’est le Congo Kinshasa, une même maison d’accueil et de transit qu’est le festival de Limoges, puis allant chacun se cloîtrer dans un coin perdu de cette terre qui se veut ronde sans être arrondie, emportant avec nous nos angoisses, nos fantasmes et nos désirs…le sort en était presque jeté.
Sans l’avoir fait exprès, une deadline dans la construction de ce pont littéraire était fixée au 11 septembre 2011, drôle de coïncidence avec celle de la commémoration de ces événements malheureux du 11 septembre d’il y a dix ans ; chacun de nous l’a vécu, suivi à la télé, ressenti des choses qui nous ont renvoyés à nous-mêmes et à notre place dans ce monde en mutation.
Il se passait certainement quelque chose, quelque chose avait basculé, un froid est passé sur le dos, nos têtes étaient ces écrans qui voyaient défiler en nous une guerre, des guerres, d’autres guerres, nos guerres, médiatiques peut-être pas, silencieuses peut-être beaucoup, dévastatrices certainement.
Puis un réflexe, celui de la fratrie : partager ce pain et cette coupe, parler de ce que peut être la peur aujourd’hui, pour nous !
Que peut-elle représenter, quel visage porte-t-elle aujourd’hui, a-t-elle un sexe si oui lequel, une nationalité, un passeport, une religion, est-elle spécifique par domaine, par secteur, par région, par continent, par pays, on ne sait pas !
Au pire même, a-t-elle une couleur, une texture, se vit-elle partout et en chacun de nous de la même manière, sont-ce les mêmes choses, les mêmes grimaces et limaces qui nous font peur aux uns et aux autres, s’est-elle déjà mondialisée, a-t-elle une adresse e-mail, ou un numéro de téléphone, si oui lequel ?
Une telle dimension de réflexion et de partage était certainement intense, ne devait et ne pouvait s’octroyer en sujet de monopole, ni d’exclusivité.
Qui sait ! C’est peut-être juste cette peur de se sentir seul en tant qu’écrivain à Graz, à Montréal et à Limoges qui nous pousse à jeter ce pont entre ces trois villes et ces trois vagabonds de la vie que nous sommes. Comment le savoir ?
En tout cas, tout part de cette Maison des auteurs des Francos où tous trois avons eu le plaisir de gribouiller, dormir, escalader ces escaliers en bois, fabriquer une boule de fufu en pensant à ce Congo que l’on porte dans nos quatre langues nationales lingala, swahili, tshiluba et kikongo.
Ce pont-là nous l’avons coulé en français, il porte notre universalité et notre complémentarité,
Il est ce couloir de partage du rêve commun de l’homme à la quête permanente de son humanité, tout en se disant comme le poète, que l’on ne peut avoir raison tout seul tout le temps sur toute chose.
Les textes de Papy Mbwiti, Bibish (Marie-Louise) Mumbu et Fiston Nasser Mwanza sont publiés sur le site d'Africultures : "Moziki littéraire : un pont relie Limoges, Graz, Montréal". 1 - La peur au rendez-vous - 2 - Ici ou là-bas - 3 - Et enfin, la ville
4 - Le choix -
5 - Lettre à un ami
3 / « Et si ces révolutions nous échappaient ? »
L’histoire est cyclique et la répétition de ses faits est parfois la conséquence de la non prise en compte de ses leçons.
Les craintes de toute révolution dans l’histoire de nations sont de voir échapper au peuple les bénéfices de ses revendications sociales et le risque d’appropriation de ses retombées par un petit groupe. A l’idée que derrière toute révolution se cacherait une manipulation et qu’à ses résultantes se dresseraient des profiteurs, la vigilance des peuples et leur conscience démocratique reste l’arme efficace.
Voilà le grand défi à relever pour nos sociétés actuelles en mouvement.
À chaque époque ses frustrations et à chaque société ses peurs mais aussi ses mythes et ses héros. Rien ne semblait déboulonner ces pouvoirs ancrés comme des vrais cèdres du Liban au nord de ce Maghreb si proche et si éloigné à la fois.
Dans cette partie de l’Afrique, le mot « dégage » est passé comme du shit en taule, l’avais-je dis dans mon texte Billy le Kid*. Cette fois, le vent du nord qui n’amène jamais de pluie dans les tropiques ramena une averse partant de la Tunisie, traversant toute l’Afrique du Nord, allant même jusqu’aux royaumes et empires pétroliers, sifflant sur la Côte d’Ivoire, la Guinée, le Niger et le reste de l’Afrique et, comme peut-être peu nombreux ne le sentent déjà, descendant vers l’Afrique centrale, en République Démocratique du Congo qui respire actuellement dans une réelle effervescence pré-électorale.
Oh Tunisie, Tunisia ! Ta poésie avait déclamée la prophétie d’une amnésie générale qui prenait corps face aux abus d’une société voulue compacte et opaque, le spectacle Amnésia** nous révéla sans doute le dernier rire permis ou échappé d’une bâtisse socio-politique déjà fortement fissurée qui se croyait à l’abri des intempéries démocratiques et des tornades des libertés des peuples à disposer d’eux-mêmes.
Devant ce buffet de l’histoire de cette nouvelle Afrique au lendemain de la célébration des cinquantenaires des indépendances, un arrière goût d’aigreur commence à remplir ma bouche à savoir si ces révolutions profiteront vraiment aux peuples. A l’allure où vont les choses une grande soif m’assèche le gosier en pensant à la Côte d’Ivoire dont je reste peut-être naïvement dans l’attente de réelles avancées démocratiques et la mise en œuvre d’une dynamique de développement pour le bien être du peuple ivoirien, une gourmandise d’ogre me ronge la panse cérébrale et émotive face aux attentes plus que grandes des Egyptiens, des Tunisiens et des Libyens qui j’espère ne friseront pas la déception.
Le poète quant à lui ne quittera pas sa plume et restera cet éternel insatisfait et se demande « et si ces mouvements nous échappaient ? » car l’art comme le dit Sony Labou Tansi ne rend pas les hommes meilleurs, il fait mieux, il les aide à habiter le doute.
* Billy le Kid sur www.africultures.com
** Amnesia de Jalila Bacar et Fadel Jaïbi – mise en scène Fadel Jaïbi – présenté en 2000 aux Francophonies en Limousin.
4 / Ecritures canadiennes : Papy aussi
Quel culot que de vouloir écrire sur les écritures canadiennes !
Entre nous cette formulation est un peu prétentieuse et indécente n’est ce pas !
Et puis sérieusement que peut-on dire des écrits de toute une nation quand on ne s’appelle pas wikipédia.
Les écrits sont les premières armes de révoltes. Ils sont alors par essence très singuliers et anachroniques les uns des autres dans les propos et dans les univers . Ils ont surtout la capacité d’enjamber les temps.
Mais tous les écrits ont certainement en commun la particularité d’être l’expression du témoin de son époque, j’ai cité l’auteur ; et c’est là où j’interviens.
Moi le petit curieux venant de Kin la belle à la température moyenne de 28 degrés Celsius, avec mon français très grammairien, rempli de belgicisme et de belgitude fouettés dans une pate de kinoiserie. Vivement que Lansman soit parmi nous sinon je me ferai gronder par madame Ngoma ma prof de français en quatrième pédagogique au collège Notre Dame de la Gombe qui insistait avec badine en mains que les fautes d’orthographe, de grammaire et de syntaxe en français étaient intolérables, pire un sujet de moquerie. Que m’arrive-t-il alors quand je visite ce pays de Pier-Luc Lasalle, Michel Marc Bouchard et Sarah Berthiaume.
Je suis très curieux par nature, dans ce monde du froid glacial où même le sol est couvert de blanc, je découvre pas une mais des langues diverses dites en français nourri d’ingrédients d’anglais, d’acadis, de Yukon, de musicalité, mais aussi de beaucoup d’audaces assez pudiques tout de même.
Une sorte de vraie architecture du langage et de la parole qui définit peut-être trop clairement la forme, qui me paraît bien maîtrisée et respectueuse sans en perdre le charme et le désir de toujours raconter une histoire « il était une fois ».
J’y croise un imaginaire qui m’est curieusement proche dans l’universalité des émotions, j’y découvre que la souffrance a la même saveur et que les situations sont les mêmes, même si les réalités se diffèrent, je sens l’odeur des âges des uns et des autres, leur monde et leur univers. Je ressens les tentatives des uns et les certitudes des autres. J’auditionne des histoires qui me touchent et qui ne se racontent toujours pas avec les mêmes mots sous le soleil des tropiques, normal comme dirait Niangouna Dido, c’est écart-là, c’est encore la langue, d’où la richesse, au moins je sais une chose que ce soir je ne dormirai pas « niaiseux ».
Papy Maurice Mbwiti - Limoges/octobre 2011
liens
Africultures : interview avec Papy Mbwiti par Jessica Oublié, Bangui, novembre 2008
Cultures Sud : « Nous étions habités par la rage de dire et la révolte »,
entretien avec Marie Louise Bibish Mumbu et Papy Mbwiti, par Laure Naimski, octobre 2010
mise à jour mars 2012
photo Patrick Fabre, octobre 2011